Svalbard day by day

Svalbard day by day

DAY 1
Vendredi 7 Juin
15° Oslo – Longyearbyen

Voyageuse immobile

Longtemps j’ai été une voyageuse immobile, voyageant avec les livres ouverts sur mes genoux.
Bercée par les lectures des grands explorateurs des Pôles, ces hommes intrépides à la curiosité insatiable, qui m’ont transmis leur intérêt pour un ailleurs, peuplé d’autres sociétés aux modes de vie si différents du nôtre.
Ce rêve, ce désir, cette soif de découvertes et d’expériences sont toujours vivants en moi.
J’ai aujourd’hui la chance immense de pouvoir enfin réaliser ce rêve d’enfant, explorer Svalbard, tout au bout du monde.

DAY 2
Samedi 8 juin
Longyearbyen 5°

Au delà de la culpabilité, l’écopsychologie et l’éthique de l’environnement

Au delà du sentiment de culpabilité qui m’a accompagné dans la préparation de ce projet – aller sur ce territoire fragile, prendre l’avion etc – l’allégresse que je ressens en posant le pied sur cette terre symbolique me rassure sur le bien fondé de ma présence au Svalbard.
Je pense aux termes et au but de ce voyage d’étude qui sont de développer des approches de l’éthique environnementale.
Notre expédition en voilier est totalement dédiée à la découverte respectueuse de l’environnement et tout est fait pour limiter l’impact de notre présence sur le milieu naturel. Pour porter un message à nos publics respectifs, il est important pour nous, les 30 artistes et chercheurs présents à bords de vivre ensemble cette immersion et d’échanger nos pensées, nos visions, confronter nos pratiques et affiner leurs effets, d’avoir cette fraternité du voyage et la force de l’expérience.
Je suis au Grand Nord et cela est bon.

DAY 3
Dimanche 9 juin
Longyearbyen 3°C

Sororité et écoféminisme

29 artistes embarqués, 21 femmes et 8 hommes. C’est assez rare pour être souligné. La sororité s’est vite installée entre nous en toute amitié avec les hommes présents.
Une majorité féminine donc, dans les artistes présents mais aussi dans l’équipage de bord. Nous avions nos amazones armées pour nous protéger des ours blancs !
Une sororité s’est créée sur le bateau, une entente générale s’est installée, une harmonie, une compréhension mutuelle. Tout le monde à les yeux brillants d’intelligence, de savoir et d’humour, de joie et d’émotion d’être là.
Photographes, écrivain et artistes, biologistes, informaticiens, journaliste réunis tout en haut du monde pour documenter des sujets tels que le réchauffement climatique, la fonte de la banquise, la montée des océans, la submersion des villes côtières, les réfugiés climatiques…

DAY 4
Lundi 10 juin
Gnålodden – Samarinvågen 7°C

Ma production artistique au Svalbard

J’ai réfléchi à la forme que prendrait ma production artistique là-bas. Pour placer le décor exceptionnel de ces îles glacées au centre de mes installations, je cherchai une solution, simple, écologiquement amical, économique et légère.
Je devais aussi rester dans le cadre des lois du Svalbard où l’environnement est tout particulièrement protégé depuis 1925 par le “The Svalbard act”, qui dit que rien ne doit être laissé sur les terres et les eaux de Svalbard.
En suivant l’actualité, l’image de réfugiés couverts de couvertures de survie de couleur or m’a sauté au yeux. J’avais mon concept et sa réalisation visuelle : installer des RB – rescue blanket – sur la banquise fondante de l’océan Arctique et évoquer les réfugiés climatiques dont le sort est directement impacté par la fonte de la calotte glaciaire.

DAY 5
Mardi 11 juin
Isfjorden : Longyearbyen – South 6°C

Un voyage d’étude

Ce voyage a un but précis, hormis la réalisation d’un rêve d’enfant, c’est aussi le moyen de porter une voix, porter un message, celui d’une femme artiste au Pôle Nord. Svalbard est un archipel spécialement mis à mal par l’anthropocène. Ce décor disparaît à petit feu, il fond, il s’évapore. J’ai donc décidé de dédier mon art à Svalbard le temps de cette résidence. M’imprégner de l’énergie circulant, de l’ambiance planant, de l’atmosphère et des ondes qui émanent de Svalbard.

DAY 6
Mecredi 12 juin
Hornsund : Samarinvågen – Brepollen : Tviryggen – North 3°C

Splendeur et déchéance

Nous posons l’ancre au fond d’un fjord, devant un glacier, pour y passer la nuit et la journée suivante.
Les commentaires de l’équipage tempèrent notre émerveillement : “il y a 10 ans le glacier avançait jusqu’à l’entrée du fjord, il a considérablement reculé. ” En effet, l’immense façade de glace est à présent quasiment au ras de la terre. Cela est vrai pour tous les glaciers que nous avons vus.
Contempler cette majesté et cette grandeur nous emplit de joie et de gratitude.
La tristesse n’en est que plus violente, de lire leurs fins dans les crevasses qui les fissurent.
Soudain, un pan entier de glace, de la taille d’un immeuble, s’écroule sous nos yeux. L’onde de choc atteint le bateau et nos cœurs. Mentalement nous chavirons.

DAY 7
Jeudi 13 juin
Bellsund : Recherchebreen – Midterhukfjellet –
Fridtjovhamna 3°C

La beauté

Inspiré par le récit de mon voyage Rafael nous livre sa vision poétique:
La coque baignant dans la fraiche eau de l’Arctique, notre navire se laisse emmener, tranquillement, par le souffle du vent. Le glissement de l’eau sur notre bateau n’altère pas cet imperturbable silence.
La mer d’huile s’endort éclairée par le brûlant soleil de la Nuit, rien ne puisse faire frissonner la quiétude d’une Nature qui nous berce chaudement dans le froid.
Des petits de morceaux de glace d’un blanc cristallin nous effleurent.

DAY 8
Vendredi 14 juin
Bellsund : Fridtjovhamna – North 8°C

Rythme de la mer

Inspiré par le récit de mon voyage Rafael nous livre sa vision poétique :
Nous voguons sur mer d’huile, une sérénité en litre versée sur un océan sucré. Rien ne semble pouvoir perturber cette éternelle étendue de banquise lisse baignant dans le cristal d’une eau où se reflète la lumière du soleil.
Soudain, notre navire se met à tanguer, une série d’ondes troublent notre chemin et obscurci l’océan. Le grondement des énormes morceaux de glace qui viennent s’abattre sur l’eau nous rappelle le tonnerre.

DAY 9
Samedi 15 juin
Krossfjorden : Lilliehöökfjorden : Lilliehöökbreen 1°C

Un paysage brutaliste

Svalbard, tout en haut du monde. Des montagnes, des fjords, des glaciers. Un paysage brutaliste. Aucune frondaison ne vient distraire l’œil du voyageur. La gamme colorée est restreinte. Blancs, gris, bruns, bleus, noirs.

DAY 10
Dimanche 16 juin
Kongsfjorden : Blomstrandhamna 5°C

Les pierres se brisent

Svalbard et ses terres minérales, jonchées de pierres, de roches, d’une incroyable diversité, retraçant pratiquement toute l’histoire de la planète. Ces pierres sont les victimes de la cryoclastie. Infiltrées par l’eau glaciale, elles se fragmentent dues aux cycles de gel et dégel de l’eau. À la façon d’un puzzle, dans l’ensemble, se forme des sous-ensembles. Elles sont appelées ” les livres des Trolls”

DAY 11
Lundi 17 juin
Kongsfjorden : Blomstrandhamna – Blomstrandbreen – Ny
Ålesund 8°C

La terre chauffe

Inspiré par le récit de mon voyage Rafael nous livre sa vision poétique :
Du bateau, on aperçoit une matière grisâtre dévorer irrésistiblement l’intérieur des glaciers potelés. Leur blanc immaculé se consume dans la fournaise et laisse place aux roches charbonneuses de l’enfer. Ce que la nature construisit patiemment durant des millions d’années, le manque de vigilance de l’humanité le détruira en quelques décennies.

DAY 12
Mardi 18 juin
Ny Ålesund – North 5°C

Un paysage musical

Dans un paysage qui à première vu semble si calme, si statique, des bruits se font entendre. Les glaciers pleurent, ils larmoient, ces larmes se déversent dans le grand bleu de la mer qui peu à peu monte. Les larmes se rejoignent et forme un ruissellement continue, qui ne cesse de s’agrandir et de s’intensifier d’année en année. Un doux paysage musical, conséquence d’un bien triste phénomène.

By | 2019-08-01T17:09:39+02:00 August 1st, 2019|Blogue, Expédition, Réchauffement climatique, Svalbard|0 Comments

About the Author:

Leave A Comment